Textes

Séminaire "L'art et les formes de la nature" n°3, réalisé par Vincent Deville et Rodolphe Olcèse, 23 novembre 2020

Sens critique, notes sur 3 films de Simon Bothorel, novembre 2020

Texte sur "Entre mémoire" de Marc Mercier, 32e festival Les Instants Vidéos, Marseille, novembre 2019. 

Ce qui survit, ce qui survient

Quand nous regardons une image (ou un paysage ou un visage), nous ne pouvons pas faire l’économie d’être à l’écoute des temps hétérogènes dont elle est tissée. La mémoire n’est pas une force inerte. L’oubli n’est pas un manque. Mémoire et oubli se combinent, mènent des complots pour saborder nos idées reçues. Il n’est pas une image qui ne soit travaillée par le temps et l’espace de son apparition. Le « ce qui survit » danse avec le « ce qui survient ».

Texte sur "Chronophobie", Alexandre Caoudal, festival Oodaaq, Rennes, Avril 2019

L’échelle des temps géologiques est un système de classement permettant le datation d’événements survenus durant l’histoire de la Terre. Pierre Villemin métaphorise ce système et l’adapte à son travail visuel d’association et de collusion des images, mettant en oeuvre une stratification non plus minérale mais picturale. Des territoires composites se construisent par des sédimentations d’espaces et des carottages d’images. Chronophobie invite le spectateur dans un espace-temps alternatif fait d’hallucinations.

Entretien sur "Du côté de la réalité immédiate" par Nadin Mai de Tao Films, mars 2018.

1) Pierre, votre film est une pièce complexe avec plusieurs couches visuelles et sonores sur toute sa durée. J'aimerais savoir quel a été le point de départ du film. Qu'est-ce qui vous a poussé à faire Du côté de la réalité immédiate

L’origine de ce film c’est l’urgence que je ressens à pousser un « coup de gueule » contre toute une série de nouvelles pessimistes sur le monde, que je lis sur Facebook et dans la presse en novembre 2016. Ensuite c’est la découverte de la pensée de Bernard Stiegler qui décline un point de vue à la fois analytique et philosophique sur les nouvelles technologies, telles que l’addiction aux réseaux sociaux. Je commence une collecte de textes, certains que je connaissais comme ceux de Noam Chomsky, puis des découvertes d’interwiews, comme Pierre Rabhi, Claude Bourguignon, des publications de Tristan Harris, le roman « Dans les forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson… et puis cet entretien avec l’Alien de Roswell que j’ai découvert sur le net. Un document longtemps resté secret de l’US AIR FORCE. Une infirmière, Mathilda o’Donnel Mc Elroy, a pu communiquer par télépathie avec l’Alien de Roswell capturé par l’armée. Elle en a fait une retranscription restée secrète et qui est sortie au grand public il y a quelques années. Je considère cet écrit comme un conte de fée fantastique  qui donne une version sur l’origine de notre terre. C’est une envolée poétique qui permet de sortir à la fin du film de toutes cette vérité implacable énoncée sans retenue et d’ouvrir sur d’autres horizons. Certains spectateurs ont été choqués par ce passage pour son aspect complètement anachronique. D’autres ont compris et apprécié ce revirement narratif que je tiens pour essentiel pour la meilleure compréhension du film.

2) On peut peut-être dire que le film parle de notre malaise social, de nos luttes actuelles. Mais c'est aussi un film très personnel et plein de colère....

Cette façon de m’approprier la parole des autres, de faire un assemblage de ces textes exprime au plus juste ce que je pourrais dire moi-même, étant incapable d’écrire aussi finement que ces penseurs, philosophes, écrivains, agronomes…

3) Ce qui m'a frappé dans votre film, c'est le manque de cohérence entre l'image et le texte. J'ai trouvé cela très intriguant, c'est quelque chose qui m'a vraiment engagé à la fois dans le film et dans le sujet plus large. Pourquoi avez-vous choisi de ne pas montrer ce dont vous parliez mais plutôt de confronter le spectateur à des images disparates ?

C’est le point crucial du film : énoncer sans montrer. Raconter avec les images autre chose que ce que dit la voix-off. Créer un décalage, parce que tout ce qui est dit est tellement pessimiste, que l’image pousse dans une direction opposée, plus poétique et plus libre, ouvrant l’imagination du spectateur. Je maintiens captif le spectateur avec les images et la musique de Gilles Sornette, alors qu’il pourrait décrocher à cause du contenu des propos.

4) La façon dont vous avez travaillé avec les images est intéressante. Il y a des superpositions, qui donnent lieu à des images magnifiques, parfois hallucinantes. Mais ce que j'ai trouvé le plus intéressant, par exemple, ce sont les images du début. Je n'étais pas sûr qu'il s'agisse de photographies ou d'images au ralenti.

Les images du début comme 60% du film, sont tournées avec un Iphone 4s. C’est une récolte permanente d’images glanées au hasard de mes déplacements en voiture, de préférence lorsqu’il pleut et que les vitres sont constellées de gouttes, ce que j’affectionne particulièrement, car cela provoque cette sensation d’enfermement ou de filtre.

5) Votre film a un certain côté éducatif. Ce n'est pas un film que vous pouvez laisser passer. C'est quelque chose qui vous fait réfléchir  à la situation dans laquelle nous nous trouvons en tant qu'individus et en tant que sociétés. Cela me fait me demander quel est votre objectif en matière de cinéma. Qu'est-ce que le cinéma signifie pour vous, que représente-t-il ?

Quand on ressort de la projection, je voudrais (un peu comme tous les cinéastes), que le film continue son effet dans l’esprit des spectateurs. Que lentement travaillent encore les images et le son pour persister dans les souvenirs et faire son oeuvre quelques mois après dans la tête de celui qui l’a regardé.

6) En décembre, nous avons montré votre film Mémoire Carbone, dans lequel vous avez utilisé une voix off, comme vous le faites dans Du côté. Personnellement, je trouve les voix off intrigantes. Il y a ce jeu entre l'absence et la présence, mais il y a aussi une sorte de guidance. Pourquoi utilisez-vous des voix off dans votre film ? Est-ce quelque chose que vous utilisez dans tous vos films ?

La voix off ou la voix intérieure est une manifestation d’une pensée et aussi une vibration orale comme un chant, qui s’insinue. C’est un procédé que j’utilise souvent. Le film est comme « parlé ». Pour moi, tout se complète lorsque qu’une voix accompagne un montage image et sonore. Le film parle comme s’il était animé d’une vie propre.

7) Je peux imaginer que vous travaillez actuellement sur un nouveau projet. Quels sont vos projets pour 2018 ?

Justement je travaille sur un film où il n’y a que de l’image et des compositions sonores : des musiques expérimentales. Pas de voix ! J’avais envie de m’immerger dans mes images tournées depuis un an, faire un plongeons au coeur de ce qui me motive le plus : capter des instants de lumières particuliers dans la nature qui m’entoure.

Ce film « Chronophobie » est une dérive paysagère où s’entrecroisent des visions fulgurantes proches parfois d’une sorte de « photo animée » qui décrit au plus près cette envie d’immersion. Envie de musiques aussi. Grâce à Bandcamp, j’ai découvert tout un aspect de la création musicale indépendante que je ne soupçonnais pas. J’ai contacté ces musiciens : américain, norvégien, bulgare, français. Je leur ai demandé d’utiliser un morceau de leur album mis en ligne. Comme j’ai fait avec les textes dans « du côté de la réalité  immédiate», j’ai fait un montage musical qui accompagne mes images.

Many thanks for this interview.